Les pompiers et les militaires évoluent dans des environnements où l’incertitude, l’urgence et le danger sont omniprésents. Qu’il s’agisse d’une intervention incendie, d’un secours à victime ou d’une opération en zone hostile, la décision doit souvent être prise rapidement, avec des informations incomplètes et sous une forte pression émotionnelle et physique. Un sujet évoqué lors du séminaire organisé à l’université de Corse en présence de nombreux scientifiques.
Dans des contextes extrêmes, le stress n’est pas seulement un facteur perturbateur : il est inhérent à l’action. Toutefois, lorsqu’il dépasse les capacités de régulation ou qu’il est mal maîtrisé, il peut altérer profondément la qualité des décisions et compromettre la sécurité des intervenants comme celle des populations. Chez les pompiers et les militaires, la décision se caractérise par :
– Un temps contraint : nécessité d’agir immédiatement ;
– Une information incomplète ou évolutive : situation tactique incertaine ;
– Un enjeu vital : pour soi, pour les collègues, pour les victimes ;
– Une forte dimension collective : coordination d’équipe indispensable.
La décision repose alors sur un équilibre entre :
– Procédures et doctrines (cadres appris et répétés) ;
– Expérience terrain (reconnaissance de situations similaires) ;
– Intuition opérationnelle (jugement rapide basé sur l’entraînement).
Ces phénomènes sont depuis de nombreuses années l’objet d’études. Dans le monde entier, les scientifiques planchent sur les causes du stress en situation de crise intense, mais aussi sur les moyens de garder la maitrise de soi pour en limiter les effets. Lors d’un séminaire organisé à L’université de Corse, de nombreux chercheurs ont ainsi échangé leur expérience sur la question, devant un public attentif. Parmi les intervenants, Jean-Louis Rossi est responsable du projet CP2DIMG, (Capacité de prise de décision dans l’incertitude sous stress dépassé ou mal géré). Ce projet soutenu par la Fédération de Recherche Environnement et Sociétés à l’université de Corse, est né de la rencontre entre plusieurs scientifiques tel que Jean-Paul Jauffret, expert en krav-maga depuis plus de 20 ans et diplômé « exercise physiologist » par le Health Canada Fitness, formateur en gestion du stress et intervenant auprès des forces de l’ordre. Le projet a pris une dimension concrète grâce au commandant Frédéric Antoine-Santoni, Chargé de la formation au SIS2B et doctorant sur la thématique de la gestion des émotions dans la prise de décision opérationnelle.
Les effets du stress en intervention
Chez les pompiers mais aussi chez les militaires, les moyens de gérer le stress et ses conséquences est une préoccupation majeure. Le stress opérationnel agit comme un modulateur des performances, il a des effets physiologiques et cognitifs avec d’abord une accélération du rythme cardiaque et une respiration une éduction du champ attentionnel (vision tunnel) tout comme une diminution de la mémoire de travail.
On connait aussi ses effets délétères en cas de surcharge avec une perte de lucidité, une difficulté à intégrer de nouvelles informations, des erreurs d’interprétation de la situation, une mise en danger des équipes (accidents, blessures, décès), une perte de contrôle de la situation (propagation d’un incendie chez les pompiers, escalade d’un conflit chez les militaires), une dégradation de la cohésion d’unité, une paralysie décisionnelle. Autant de conséquences qui peuvent conduire à l’échec ou l’inefficacité de la mission.
Actuellement l’Armée française développe un programme qui correspond au SisC, consacré à la gestion du stress au combat. Le tout, combiné à la méthode Orfa, des techniques d’optimisation du personnel. Des méthodes bien connues du Colonel Louis-Charles Derousseaux, directeur des études et de prospectives de l’Ecole de l’Infanterie.
Leviers d’amélioration et de maîtrise
Parmi les nombreuses pistes de travail destinées à limiter les conséquences du stress dans la chaîne décisionnelle, on peut citer le programme national de recherche Heroes, qui vise à analyser et renforcer la fiabilité humaine individuelle et collective en situation d’urgence. Ce programme de recherche vise à examiner les facteurs intra-individuels, dispositionnels, inter-individuels et situationnels, afin de concevoir des dispositifs de formation et des outils opérationnels favorisant la performance, la sécurité, et la résilience des équipes d’intervention.
Morgan Lacroix-Meunier est enseignante chercheuse, responsable d’unité de recherche « facteurs organisationnels et humains de la Sécurité civile » à l’Ecole nationale des officiers des sapeurs-pompiers. Ses travaux portent sur la fiabilité humaine des forces de secours, analysés à travers le prisme de la psychologie sociale du travail et des organisations. Elle s’intéresse notamment aux questionnements autour de la prise de décision des Commandants des opérations de secours et aux tensions entre logique psychosociale et logique opérationnelle.
Ses travaux devront contribuer à créer un référentiel national sur la fiabilité humaine en contexte opérationnel, en collaboration avec des laboratoires de recherche, acteurs institutionnels et des établissements de formation professionnelle.
Chez les pompiers et les militaires, la prise de décision sous stress et en incertitude est au cœur de l’efficacité opérationnelle. Si le stress peut être un allié, il devient un facteur de risque lorsqu’il est dépassé ou mal géré, exposant les intervenants à des erreurs critiques. C’est dans la répétition, l’expérience collective et la réflexion post-action que se construit la capacité à décider juste, même dans les situations les plus extrêmes.
Chez les pompiers et les militaires, la prise de décision sous stress et en incertitude est au cœur de l’efficacité opérationnelle.




















